ça bouillonne dans les Hautes Corbières

Beaucoup de nouvelles du groupe local Paysans de nature des Hautes Corbières, au sud de l’Aude, dans le contexte de la sécheresse extrême de cette partie des Pyrénées,…

D’abord il y a eu l’énorme incendie, au mois d’août, à quelques kilomètres des fermes du réseau.

Après les incendies, les questionnements des paysannes et paysans (ou comment vivre un territoire de façon terrestre) se posent crûment : quels rôles peuvent jouer le pastoralisme, les cultures vivrières, le bucheronnage pour le bois énergie, avec quelle participation des
habitantes, habitants, chasseresses, chasseurs ? Autant de questions brûlantes qui doivent attendre que l’émotion retombe pour être dialoguées calmement.

Paysage des Corbières le lendemain des incendies d'août 2025©Fred Signoret
Paysage des Corbières le lendemain des incendies d’août 2025 © Fred Signoret

Des envies d’ouverture de milieu qui ferait ressembler le paysage à la Dehesa, de création de points d’eau printaniers dans cette promesse de désert, de reliance avec la diversité des vivants, la cantine du canton, celles des festivals d’été et les marchés paysans.

« Avant de vivre ce territoire menacé par les flammes et le désert, et arrivant de territoires plutôt surexploités, je n’avais jamais eu ce sentiment que le recul des activités de subsistance (nourriture, énergie, construction,…) pouvaient menacer l’habitabilité d’un territoire. Nouvelle perspective terrestre qui donne encore plus de sens à Paysannes de nature« . (Fred Signoret)

Les conditions météo ont fait que le Monde, dans une série sur le réchauffement climatique, a choisi l’Aude parmi 6 « points chauds »… Le reportage, paru le 4 novembre et intitulé « Maintenant l’eau, c’est peau de chagrin » : l’Aude aux avant-postes du dérèglement climatique en France, donne (entre autres) la parole à Matthieu, l’un des paysans de nature des Hautes Corbières (qui se trouve aussi être conseiller municipal).

Maintenant l’eau, c’est peau de chagrin" : l’Aude aux avant-postes du dérèglement climatique en France. Le Monde, 4 novembre 2025

De la biodiversité sauvage, évidemment…

Jeune lézard ocelé trouvé sur les parcelles de la Garouille ©Fred Signoret
Jeune lézard ocellé trouvé sur les parcelles de la Garouille © Fred Signoret

Dans cette ambiance inquiète et stimulante pour les humains, les non humains sont là : les rolliers d’Europe ont stationné plus nombreux qu’à l’habitude, les vautours percnoptères étaient gros, les aigles, bottés et les pies-grièches, écorcheuses… Un jeune lézard ocellé a été capturé au seau par une paysanne dans une garrigue nommée Garouille (qui est aussi le nom occitan du Chêne kermès), et le Gypaète cherche de la laine sur les placettes pour remplir son nid…

Expérimentations pastorales, nouvelles installations, DPN, animation locale

Les chèvres Rove de la Ferme La Rove de Fa de retour d' escabote une soirée d'hiver ©Fred Signoret
Les chèvres Rove de La Rove de Fa de retour d’escabote ©Fred Signoret

Les paysannes et paysans des Hautes Corbières continuent d’inventer pour vivre avec la sécheresse, en transhumant l’hiver ou l’automne, testant des végétations spontanées diverses et variées, mélangeant chèvres et brebis.

Pâturage de végétation alternative : glands et chênes verts
Pâturage de végétation alternative par les brebis Raïole et Rouge du Roussillon : glands et chênes verts – photo Fred Signoret

Elles et ils tentent d’embarquer les institutions vers un paysage désiré par les éleveuses et éleveurs, se forment toujours, accompagnent les porteuses et porteurs de projets pour que Laure, Zoé, Antoine, Lennert et Hélène**… et viennent confirmer que l’humain fait partie de la nature et que nous avons envie d’habiter un monde diversifié sans frontière entre le domestique et le sauvage.

**Portraits d’installation en Hautes Corbières, à retrouver sur Radio Caillasse.

Jean Louis rentre son foin. Il initie un travail avec le Cen occitanie pour envisager une Obligation Réelle Environnementale en dialoguant avec Laure, éleveuse de brebis brigasques pour la transformation laitière pour le respect des vivants sur sa ferme. ©Fred Signoret
© Fred Signoret

C’est naturellement la Maison Paysanne de l’Aude qui accompagne l’animation du groupe par l’intermédiaire de Elissa, salariée à Nature & Progrès Aude, en commençant par animer 5 visites de ferme (DPN) cet automne, grâce au financement de la fondation Sigean. Sont aussi sollicités pour contribuer au dialogue territorial en faveur du vivant : la délégation Aude de la LPO Occitanie, à travers les programmes « Vautours » (une demande de nouvelle placette d’équarrissage naturelle est en cours), la fédération Aude Claire (pour la création de points d’eau), le Département pour les Espaces Naturels Sensibles, le Parc Naturel Régional Corbières-Fenouillèdes, le Conservatoire d’espaces naturels Occitanie qui suit un projet d’Obligation Réelle Environnementale (ORE)… et d’autres .

Ci-contre : Jean-Louis rentre son foin. Il a initié un travail avec le Conservatoire pour envisager une ORE, et avec Laure, éleveuse de brebis brigasques, pour la transformation laitière.

Et encore…

Des fermes des Hautes Corbières (Les Cabres Nomades, La Rove de Fa et les Gigoteurs) ont accueilli, comme tous les ans, le groupe d’étudiantes et d’étudiants de la licence professionnelle Développement de projets de territoires, parcours montagne et pastoralisme, du centre universitaire de Foix (antenne de l’Université de Toulouse). Une des façons de raconter une vision positive de l’agriculture, de l’engagement pour la nature et la vie du territoire, et de susciter des vocations.


Et puis le 10 novembre les paysannes et paysans, avec les animatrices locales, ont organisé une réunion pour programmer les actions à venir. Les échanges enthousiastes ont permis d’évoquer des sujets aussi divers que la cohabitation avec les sangliers, les relations avec les propriétaires gestionnaires d’espaces naturels, la proposition aux cantines de produits alimentaires favorables à la diversité des vivants, les modalités de gestion des arbres pour affourager les bêtes, faire du bois, ouvrir les milieux ou lutter contre les incendies . L’appropriation des connaissances et la création de nichoirs ou de mares font aussi partie des envies. Les partenariats et les lieux de visibilisation des fermes ont été discutés.

Réunion PdN Hautes Corbières
réunion du groupe local – photo Fred Signoret


Bientôt un Life Minioptère ?…

Une nouvelle étape s’est aussi enclenchée à la fin de l’été lors de la foire agricole de Mouthoumet, où une douzaine de paysannes et paysans ont signé un engagement dans le cadre d’un projet Life en faveur du Minioptère de Schreiber (on vous en dira plus si le Life est accepté par la Commission europénne, il n’y a pas que ce groupe local qui est concerné, Paysans de nature coordonnera le volet agricole avec le Groupe Chiroptères de Provence).

Les chauves souris au cœur des intérêts des paysannes du groupe Hautes-Corbières ©Fred Signoret
Les chauves souris au cœur des intérêts des paysannes du groupe Hautes-Corbières (c’est pas un Minioptère ! c’est un grand Rhinolophe © Fred Signoret)