Foire aux questions

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Foire aux questions

Ces systèmes sont-ils viables économiquement ?

Les systèmes qui respectent la nature ne sont pas moins viables que les autres.
Il y a des réussites et des difficultés dans tous les systèmes, elles dépendent plus des personnes et des choix qu’elles font que des systèmes eux-mêmes.

Au sein du réseau Paysans de nature, certaines fermes existent depuis plus de 20 ans et ont fait la démonstration de l’efficacité économique de leur modèle.
D’une part, ces fermes sont économes car elles font le choix de peu d’investissements matériels et peu d’achat d’intrants, ce qui a le mérite de limiter les charges et les risques financiers.
L’entourage et le soutien dont elles bénéficient permettent aussi de ne pas laisser l’agriculteur ou l’agricultrice seule face aux banques, aux vendeurs de produits et de matériel, qui l’incitent à investir plus et à emprunter.
D’autre part, malgré ce qu’essaient de nous faire croire les défenseurs de l’agriculture productiviste, les systèmes plus respectueux de l’environnement sont dores et déjà autant, voire plus rentables que les systèmes conventionnels qui sont (entre autres) fortement dépendants des prix du marché. En effet, la grande majorité des paysannes et paysans de nature font de la vente directe, fixant eux-mêmes leurs prix et créant de la valeur ajoutée sur la ferme alors que les investissements sont peu élevés.
Enfin, cette question relève plus de ce qui fait la reconnaissance sociale que de la véritable performance économique : les agriculteurs conventionnels sont majoritairement motivés par la productivité car elle est source de reconnaissance dans leur milieu social. Ils utilisent l’argument selon lequel il faut nourrir la planète, alors que d’un côté la plupart d’entre eux ne mange même pas ce qu’ils produisent et de l’autre la surproduction artificiellement aidée détruit l’agriculture des pays vers lesquels leurs produits sont exportés.

Au contraire, les paysannes et paysans de nature sont motivés par leur réussite en terme de biodiversité car leurs consommateurs et les naturalistes qui les entourent y sont attachés.

Mais comment financer cette action dans les organisations environnementales ?

De nombreuses sources de financement sont possibles. Le projet Paysans de nature a la particularité de se trouver à la croisée des mondes agricoles et naturalistes, il est donc éligible à des finances fléchées sur l’agriculture et à des finances fléchées sur la nature.

Des budgets peuvent être mobilisés dans les programmes « habituels » de protection de la nature : espèces menacées, plans d’action, programmes régionaux, restauration de milieux, etc… Ces programmes permettent de financer du temps de travail (veille foncière, animation du réseau, terrain, mobilisation des bénévoles etc), parfois de l’acquisition foncière, des travaux de génie écologique (chez des paysans).

En faisant des alliances avec des organisations agricoles (associations de paysans ou structures agricoles), il est aussi possible pour les organisations environnementales d’émarger sur des budgets destinés à l’agriculture, via de la prestation. Il s’agit de programmes destinés à l’organisation de filières, à la modification collective de pratiques etc.

Nous contacter pour en savoir plus

Parmi les paysannes et paysans déjà installés, qui peut être dans le réseau ?

Cette question pose celle de la distinction entre le projet et le réseau…
Le projet veut fédérer les énergies dans les territoires pour créer de nouveaux espaces à vocation écologique (des « espaces de renaturation paysanne ») en participant à l’installation de nouvelles et nouveaux agriculteurs. Il peut être porté par tout le monde, à partir du moment où il existe une dynamique territoriale associant paysan.nes, naturalistes, autres habitant.es du territoire. Les paysannes et paysans installés sont donc les bienvenus, et ils ont leur rôle à jouer, quelque soit leur cheminement sur les questions de biodiversité.

Le réseau est constitué d’organisations environnementales et agricoles, de paysannes et paysans déjà installés, de porteuses et porteurs de projet, d’enseignantes, chercheurs, d’autres citoyennes et citoyens.

Les paysans et paysannes du réseau sont signataires d’une charte d’engagements, qui est aussi signée par l’association nationale et l’organisation environnementale locale. Cette charte décrit les engagements des paysannes et paysans dans leur ferme et leur territoire, et également les engagements de l’association qui les accompagne.

Voir la charte des paysannes et paysans.

Ceci est-il possible chez moi, où le foncier est trop cher et l’agriculture conventionnelle très active ?

Oui ! Des paysannes et paysans de nature déjà installés en France ne le sont pas tous dans des endroits où le foncier est bon marché et l’agriculture intensive en déclin !
La réussite des installations repose sur la mobilisation des réseaux, la veille foncière, la motivation des porteuses et porteurs de projet.
L’installation de personnes non issues du milieu est difficile, mais pas impossible. Elle nécessite une mobilisation de toutes et tous sur le terrain, pour un soutien technique, moral et/ou financier. On est plus forts quand on est nombreux !

Tous les paysannes et paysans bio sont-ils des paysans de nature ?

La bio, un socle nécessaire au projet Paysans de nature

Les pratiques de l’agriculture biologique (absence de pesticides, d’engrais de synthèse, d’OGM) sont un socle nécessaire mais pas suffisant à la reconquête de la biodiversité sauvage.
En effet, les pesticides sont des substances qui tuent la vie, perturbent le fonctionnement des êtres vivants et celui des écosystèmes avec une persistance de plusieurs années, voire plusieurs décennies. Les engrais de synthèse banalisent les végétations en ne sélectionnant que certaines espèces. La reconquête de la biodiversité ne peut s’envisager que par l’abandon général des pesticides et des produits chimiques, et le soutien des consommatrices et consommateurs qui achètent de plus en plus de produits biologiques. Il faut l’encourager ! Et il faut reconnaître l’énorme travail des militantes et militants de l’agriculture biologique depuis les années 1960, ainsi que la mobilisation de beaucoup d’entre elles et eux pour éviter que le label ne soit dévoyé par l’agro-industrie qui a très bien perçu l’énorme potentiel marketing du « bio ».

Cependant, le cahier des charges de l’agriculture biologique n’est pas suffisant pour la restauration de la biodiversité. Il n’interdit pas, par exemple, le drainage des zones humides, l’arrachage des haies, les retournement de prairies, pourtant très importantes pour la biodiversité. Remplacer les pesticides par le plastique n’est pas très satisfaisant. Le labour, autorisé en bio, est traumatisant pour la vie du sol. Il détruit une grande partie des animaux, champignons et bactéries qui s’y développent alors qu’ils sont à la base de toutes les formes de vie au-dessus du sol : 80 % de la biomasse vit dans le sol.

La démarche Paysans de nature va au-delà.

Elle s’interroge sur la place que l’humain laisse à la nature sauvage et souhaite dépasser la justification des éléments de nature comme devant forcément être utiles à l’agriculture. Elle souhaite sortir de la notion de service écosystémique et de biodiversité fonctionnelle (terme qui sous entend qu’il existe une biodiversité non fonctionnelle). La nature sauvage est considérée par les paysannes et paysans de nature comme un élément patrimonial en soi, qui mérite d’être défendu pour les générations futures. Les paysannes et paysans de nature choisissent volontairement de laisser des espaces dédiés à la nature sauvage et pas forcément exploités (par exemple des ronciers), et choisissent des itinéraires techniques qui sont le moins traumatisant pour les vivants sauvages.
Ils mènent une réflexion particulière sur la capacité de leurs terres à nourrir leurs animaux et leurs consommatrices et consommateurs en n’utilisant pas d’engrais et le moins d’énergie fossile possible (le moins possible de mécanisation). En d’autres termes, en particulier en élevage, il s’agit de « calculer » la capacité de la nature à nourrir les animaux sans avoir à ajouter d’engrais et à utiliser du pétrole : il faut donc avoir des prairies naturelles, et adapter les surfaces ou adapter la taille des troupeaux.

L’installation paysanne n’est pas le métier des associations de protection de la nature

Effectivement, le métier des associations de protection de la nature est de… protéger la nature !

Mais :

  • l’agriculture occupe plus de 60% de l’espace français, et le déclin de la biodiversité est plus marqué en zone agricole qu’ailleurs,
  • le projet Paysans de nature considère que l’installation de nouvelles paysannes et paysans est l’un des outils nécessaires à la sauvegarde d’une nature jadis ordinaire et désormais menacée par des décennies d’intensification des pratiques agricoles.

Installer des paysannes et paysans convaincus est un des outils de sauvegarde de la biodiversité et de création d’un nouveau type d’espaces naturels. C’est un outil parmi d’autres (l’éducation à l’environnement, les réserves naturelles, les contrats Natura 2000…), qui peut être rapide, efficace et peu coûteux. Pourquoi s’en priver ?

L’installation n’est pas notre métier, c’est pourquoi nous travaillons avec les structures dont c’est le métier.
L’acculturation commune et le travail en coopération des mondes de la protection de la nature et de l’agriculture paysanne ne peut être que favorable à l’installation de nouvelles et nouveaux paysans de nature, qui créeront des surfaces de renaturation, complémentaires au réseau des espaces protégés.