Multiplication des oiseaux…

Audrey et Martin sont installés dans le Morbihan (2012 pour l’une, 2019 pour l’autre), sur une trentaine d’hectares, ils y élèvent des chevaux et font du maraîchage.

Leur credo : renaturer la ferme, laisser des espaces sauvages, favoriser une prairie naturelle et un pâturage extensif (en lieu et place d’anciens champs de céréales), en faisant confiance au dynamiques magiques du vivant sauvage ! ça consiste à laisser les haies pousser seules, à laisser les buissons de ronces et d’épineux se développer, à favoriser les bandes enherbées (en plus du retour à la prairie naturelle et de l’absence de pesticides).

Martin étant par ailleurs un ornitho confirmé, il suit les populations d’oiseaux sur la ferme depuis 2016. Il dévoile quelques résultats de la renaturation de sa ferme

femelle de Tarier pâtre - Sebastien You
femelle de Tarier pâtre – photo Sébastien You

Star n°1 : le Tarier pâtre

Entre 2016 et 2018, entre 0 et 2 couples nichaient sur la ferme, sans indice de production de jeunes. C’est désormais entre 6 et 7 couples (avec des jeunes) qui sont présents, ce qui témoigne de pratiques favorables dans les parcelles (il niche au sol) et autour car l’oiseau apprécie aussi les buissons… Les bandes enherbées non fauchées et même non pâturées lui sont favorables, ainsi que les linéaires de jeunes haies spontanées.

Troglodyte mignon - Fred le Gallo
Troglodyte mignon – photo Frédéric Le Gallo

Star°2 : le Pipit des arbres, qui niche aussi au sol dans les prairies. Migrateur, il passe l’hiver en Afrique sub-saharienne. Alors qu’il y avait 0 à 1 couple entre 2016 et 2018, la ferme accueille cette année 5 coupes.

Star n°3 : le Troglodyte mignon (espèce la plus commune de la ferme et de la région) a vu ses effectifs nicheurs augmenter de plus de 35 % entre 2016 et 2024 dans la ferme.

Star n°4 et non des moindres : en 2022, grande première, inespérée ! un mâle de Pie-grièche écorcheur visite au printemps la parcelle avec le plus de végétation spontanée (de la friche, quoi !). En fin d’été 2023, une femelle fait une halte dans la même parcelle. En 2024, le couple élève des jeunes ! C’est une très bonne nouvelle car l’espèce avait disparu des alentours… Les buissons, la prairie, l’élevage, tout est favorable à cette espèce insectivore qui adore les épineux.

La renaturation des fermes du réseau est, de façon générale, extrêmement favorable à cette espèce menacée et à ses cousins.

Pie-Grièche écorcheur - photo matthieu Vaslin
Pie-Grièche écorcheur – photo Matthieu Vaslin

Plus globalement…

+55 %… Entre 2016 et 2018, Martin et Audrey comptent en moyenne 175 couples ou territoires d’oiseaux nicheurs de 35 espèces différentes. Entre 2021 et 2024, la moyenne passe à 272 couples ou territoires, soit une hausse de 55 % en quelques années ! Et le nombre d’espèces nicheuses est passé à 42.

Les inventaires de 2016 à 2018 faisaient partie d’un recensement local plus large (qui incluait la ferme). A l’époque déjà, la ferme semblait jouer un « effet réserve », avec environ 60 % d’oiseaux nicheurs de plus qu’aux alentours. Cela faisait alors 4 à 6 ans que les prairies pâturées permanentes avaient remplacé les céréales. Depuis, la naturalité de la ferme ne cesse d’augmenter. Depuis 2018, les inventaires se sont concentrés uniquement sur la ferme et montrent une évolution très positive. Une nouvelle série de 2 ou 3 années d’inventaires dans un large périmètre sera réalisée prochainement. Il n’est pas impossible que la population d’oiseaux nicheurs ait doublé en une dizaine d’années, grâce aux pratiques agricoles et de renaturation choisies par Audrey et Martin.

« Lorsque que nous accueillons des personnes au printemps nous avons systématiquement des commentaires enthousiastes sur le paysage sonore. »