Dermatose Nodulaire Contagieuse : la rigidité de l’État et l’idéologie hygiéniste moderne contre les diversités
La Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) développe des symptômes parfois spectaculaires chez les bovins. Elle peut occasionner des dégâts dans certains troupeaux. Elle reste une maladie non transmissible aux humains (ni directement, ni par la viande, ni par les produits laitiers). La bibliographie montre que la mortalité est globalement faible dans les troupeaux (généralement 1 %, avec des pics à 5 %, souvent plus importants dans les élevages à forte productivité par animal).
La survenue de cette maladie dans un élevage est un possible traumatisme pour les éleveurs et éleveuses, qu’il faut prendre en compte. La vaccination peut être une voie pour limiter les risques et les rassurer.
En s’intéressant à la bibliographie internationale, les vétérinaires du GIE Zone Verte nous apprennent que dans les régions endémiques de la DNC (Afrique / Europe de l’Est), les troupeaux de races rustiques sont ceux qui développent les meilleures résistances et développent une immunité définitive vis à vis de la maladie. (Toute la bibliographie est disponible dans le dossier du GIE).
En tant que militantes et militants des diversités biologiques et culturelles, il nous semble à Paysans de nature que les voies alternatives à l’abattage et au tout chimique ne sont pas suffisamment explorées pour préparer l’avenir.
La rigidité de l’État, enfermé avec le syndicat majoritaire dans l’agriculture d’exportation, fait appliquer les règles sanitaires internationales avec autant de brutalité que cette voie de l’alimentation internationalisée est incertaine.
En temps « normal », cette mise en concurrence des agriculteurs à travers le monde écrase les diversités de savoir-faire et de paysages, entraînant la chute des diversités écologiques et culturelles. Les bocages, les prés vergers, les cultures en terrasses, le pastoralisme, les marais ne sont plus valorisés, balayés avec la diversité des vivants qui habitent ces paysages.
Par sa gestion de la DNC (notamment l’abattage des troupeaux, mesure disproportionnée au regard de la gravité de la maladie), l’État empêche la co-évolution caractéristique de l’élevage depuis ses origines : une co-sélection biologique et culturelle basée sur l’évolution des pratiques, des savoir faire, du patrimoine génétique domestique, dans des environnements multiples et changeants (dont les maladies font partie).
On peut comprendre cette attitude devant les enjeux économiques liées aux filières et aux détresses humaines en chaîne.
Cependant, il nous semble urgent d’assouplir cette application d’une idéologie libérale et finalement autoritaire pour laisser les paysannes et paysans volontaires expérimenter des voies de sélection de troupeaux et de pratiques et fabriquer ainsi une immunité. Celle-ci sera un terreau diversifié et fertile pour résister aux futures maladies, par ailleurs souvent beaucoup plus problématiques pour le commerce international que pour les humains et leurs animaux.
Contact presse : Fred Signoret – 06 85 09 05 13
« La volonté et la croyance de la possibilité de maintenir une zone indemne ainsi que d’éradiquer une maladie d’un territoire n’est que le reflet de l’illusion du pouvoir absolu de l’homme sur la nature » (extrait de la conclusion du dossier du GIE Zone Verte)